Quand on confisque la maison de quelqu'un, quand on lui prend des années de sa vie - une peine tellement irrationnelle pour un délit aussi mineur que l'herbe - il faut bien se demander quels en sont les vrais motifs. J'en suis venu à penser qu'il ne s'agit pas d'une lutte contre une substance, mais de l'oppression systématique d'un certain type d'individus.
Stephen Gaskin
Stephen Gaskin
Y a des trucs que tu vois que tu peux pas expliquer, une émotion, un frisson... un désir. T'arrive le matin, à ton arret de bus, que des gamins.. tu te roule une clope, encore un peu dans le coltard. Tu fumes en te disant que la fumée c'est stylé sur le ciel encore noir. Le bus arrive avec un peu plus de 10minutes de retards, mais tu t'en fou, c'est comme ça a chaque fois. Une fois assis bien au fond du bus, la musique dans les oreilles, tu comate à moitié. Tu te dis qu'en arrivant, comme chaque matin de cours, tu grelotera jusqu'à 8h15, pour échanger ton premier baiser. Puis tu ira en hâte à ton premier cours, où tu sais déjà que tu va dormir jusqu'à la récréation. Arrive enfin l'heure de pécho. Alors tu arpente les groupes de jeunes, toujours en scred t'échange un petit bout d'Orient contre de la thune piqué dans l'porte-monnais parentale. Après ça, c'est la course contre la montre, parce que si t'es dans un bon jours, il te reste assez de temps pour bruler une massa. Comme d'habitude, tu prends un peu trop ton temps, alors t'arrive essoufflé au dernier cours de la matinée. Tu plane à mort pendant une heure en prévoyant machinalement combien de wanch tu pourras chauffer le temps de la pause du midi. Enfin, ça sonne. Tu sors et rejoins tes potes, traverse la rue et te pose sur ce banc que tu connais par coeur. Tu dis qu'il est un peu à toi, vu que t'a graffé ton blase dessus quand il faisait beau. T'entame ton paquet d'feuille, toncar, deux feuilles, selon l'humeur. T'es en stress, voir carrément anti-sociale. Un gars en bleu, tu jettes le mixe. T'écrases le cône, remets ton caleçon. Un peu déçu et révolté tu reprends le chemin du bahus. T'as pas eu le temps de manger et tu subis les cours de l'aprem à moitié mort, le ventre hurlant. A la récré tu sors un peu du nuage, t'allumes une blonde et tu discute vite fait. La dernière heure elle passe tranquille. tu te dis que c'midi, tu t'es mis mal. Tu sors des cours, il fait déja plus très jours. Tu maudit vite fait cette saison de merde, pis direction un coin posé, au chaud ou en galère sous la pluie. L'important c'est de pas etre en dèche ou d'avoir trop de vent. Le chemin retour est bien plus pénible. T'as du mal à garder les yeux ouverts et tes jambes dévient un peu d'un trottoire à l'autre. Avec de la peine, tu marche jusqu'à la gare. Maintenant le tout c'est de rentrer à la maison. T'enchaine deux trains, t'attends longtemps. Sur le chemin, tu penses déja à celui qui va achever ta journée. Dans les escaliers de la maison, faut faire bien gaffe. Sous les yeux des darons, pas dire de conneries. Derniers cou d'flamme et pis dodo, de toute façon t'aurais pas le courage de resortir. Quelques textos aux pinguins alentours, et pis extinction des néons. Tu fermes les yeux, profites du gouffre psychologique. Et attends avec assurrances de recommencer le lendemain.

